Le défi de la Nouvelle Radicalisation

Présenté par le Conseil Exécutif Central de la Ligue des Jeunes Socialistes au Congrès de 1970
Bulletin Interne Vol. 7 No. 1 1970

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Le capitalisme à l'échelle mondiale subit une crise intense. Continuellement il doit faire face à des convulsions, des crises économiques et des révolutions. Par des soulèvements sociaux massifs en Russie, en Europe orientale, en Chine et à Cuba, un tiers de la population mondiale s'est libérée de son contrôle; des luttes révolutionnaires continuent à l'affronter dans tous les coins du globe. Au Vietnam, en Palestine, en Bolivie, partout dans le monde colonial, la puissance impériale du capitalisme se voit défiée et remise en question. En même temps, à l'intérieur même de leurs frontières, les pays capitalistes avancés font face à une radicalisation sans précédent, principalement parmi la jeunesse. La France en 1968, le mouvement d'occupation au Québec et le soulèvement des étudiants aux E.U. en réaction à l'invasion du Cambodge ont démontrés le potentiel de cette radicalisation — une radicalisation qu'aucune classe capitaliste ne s'est avéré capable de contenir.

La crise du système impérialiste s'est fait ressentir durement au Canada. La classe dirigeante démontre de plus en plus son incapacité à résoudre des problèmes aussi évidents que la pauvreté, le chômage et l'iflation — même des "doctorats" se trouvent incapables de se dénicher un emploi dans cette société "d'abondance." Tous les efforts de la classe dirigeante pour soulager la crise n'ont réussi qu'àl'intensifier. Malgré tous ses livres blancs et ses commissions royales, la pauvreté continue d'exister et le chômage d'augmenter.

La jeunesse canadienne se ressent directement de la crise du capitalisme moderne - c'est leur avenir qui est en jeu. La radicalisation croissante de la jeunesse qui s'exprime par un rejet général de l'autorité et de l'ordre établi, découle du fait que cette société est incapable de satisfaire les besoins humains. Partout se retrouve un recherche de nouvelles voies, de nouvelles idées — une recherche de changements dans tous les aspects de notre société, de changements qui ne peuvent attendre.

Le capitalisme promet la lune mais ne peut tenir ses engagements. Bien plus, il déforme et pervertit le potentiel de l'humanité. L'énergie nucléaire pourrait enrichir le monde entier — le capitalisme préfère produire la bombe. Les méthodes modernes de contrôle des naissances et l'avortement pourraient libérer les femmes et leur permettre de contrôler leurs corps — plutôt, par des attitudes hypocrites et des lois archaïques, on en prive celles qui en auraient le plus besoin, des jeunes femmes non-mariées. Les techniques agricoles pourraient rendre possible la disparition de la famine — plutôt, le gouvernement paie les fermiers afin qu'ils ne cultivent pas leur blé.

Le capitalisme met le profit avant le bien-être des gens. Il a démontré sa volonté d'utiliser la répression, la guerre et le génocide pour se maintenir. La minuscule minorité qui possède et contrôle l'économie transforme tout en marchandise. Vous n'êtes pas un être humain: vous êtes un consommateur, un employé, un corps, une statistique. Tout ce qui ne peut être acheté et vendu est soit sans importance soit dangereux pour le système.

La rébellion de la jeunesse découle directement de cette aliénation et de cette enrégimentation produites par le capitalisme. Elle prend des formes variées, au fur et à mesure que la jeunesse se radicalise autour de ses propres expériences et qu'elle proteste contre ces aspects du système qui l'affecte physiquement et émotivement. Les nouveaux radicaux s'attaquent aux aspects les plus brutaux et les plus déshumanisants du système — à la guerre et au racisme, à l'oppression des femmes, à la destruction de notre environnement. Ils exigent l'auto-détermination pour eux-mêmes, pour les Vietnamiens, pour les femmes — pour tous les opprimés. Leurs revendications pour la libération humaine, même si elles ne reflètent pas une compréhension complète de la nature du problème et de sa solution, possèdent une dynamique révolutionnaire, leur orientation est entièrement anti-capitaliste.

Le Québec Avant-Garde de la Radicalisation

La profondeur de la crise du capitalisme est révélée de la façon la plus flagrante par son incapacité de satisfaire les aspirations nationales des Québécois. Depuis des décades les capitalismes anglo-canadien et américain oppriment le Québec en tant que nation. Ils ont utilisé le Québec comme source de super-profits et de main-d'oeuvre à bon marché. La domination du Québec par le capital anglophone a produit la plus profonde radicalisation au Canada, peut-être même du continent. Années après années des protestations massives submergent le Québec.

Les étudiants ont été à l'avant-garde de ces luttes exigeant un système scolaire unilingue français et des facilités éducationnelles adéquates. Ils ont été propulsés dans ces luttes par la conscience que ce système, même après leurs études, n'a rien à leur offrir.

Trudeau a répondu à la force croissance du mouvement indépendantiste par la plus violente répression que ce pays ait connue depuis des décades. La loi sur des mesures de guerre a tenté de décapiter et de détruire le mouvement indépendantiste par la suspension de toutes les procédures démocratiques normales. 7,500 soldats ont occupé le Québec, confirmant la détermination du gouvernement fédéral de se maintenir au pouvoir, quel que soit le coût. La Loi des Mesures de Guerre illustre sans équivoque que le Québec est une nation d'otages, enlevée il y a 200 ans.

Ils parlent de minorité, mettant la démocratie en danger; la plus dangereuse, la plus anti-démocratique des minorités: dans ce pays est celle de la classe capitaliste et de ses hommes de paille au parlement.

La radicalisation des Québécois, une radicalisation qui s'exprime dans la revendication pour l'indépendance constitue la plus grande menace à la continuation du règne de cette classe. Indépendance de tout ce que représentent les "boss" anglophones et leurs représentants d'Ottawa. Le capital parle anglais au Québec: conséquemment, le mouvement contre le capitalisme s'articule comme un mouvement pour des écoles unilingues, pour la préservation de la langue et de la culture québécoise, pour l'indépendance. Seul le socialisme — la remise des richesses de la nation québécoise aux mains des Québécois — peut rendre réelle et significative l'indépendance politique.

Aux revendications des Québécois, la classe dirigeante n'a d'autre réponse que la force brutale. Afin de protéger la stabilité elle a dû éliminer les libertés civiles — c'est l'expression la plus claire du dilemme du capitalisme canadien.

Trudeau a tenté d'arrêter le mouvement indépendantiste: il a, au contraire, accru l'hostilité des Québécois à l'égard du système fédéral et ouvert les yeux de plusieurs jeunes Canadiens-anglais quant à la vraie nature et à l'importance de la lutte des Québécois. Le prestige de Trudeau, son image de "swinger" progressiste est à son plus bas.

Le socialisme présente la seule alternative à l'oppression et à la répression capitaliste — et pour le Québec et pour le Canada-anglais. La société capitaliste a créé les moyens nécessaires à la satisfaction des besoins de l'humanité — mais seul le socialisme peut faire fonctionner ces moyens. Les immenses richesses actuellement contrôlées par une minorité doivent être remises entre les mains de la majorité.

Pour débuter, nous aurons à éliminer la duplication et le gaspillage, la faim, la pauvreté et l'ignorance engendrés par la soit-disant entreprise libre. Ceci n'est possible qu'au moyen d'une économie planifiée où bureaux, écoles et usines seront soumis à la (la ed.) contrôle démocratique des travailleurs et des étudiants. Ce n'est qu'en établissant une société qui peut affirmer que le bien-être des gens importe plus que le profit que nous pourrons assurer l'auto-détermination et la libération de tous.

Mais il ne suffit pas d'être conscient du problème et de sa solution. Nous devons être en mesure de réaliser cette solution. Le capitalisme a engendré la crise qui peut aboutir au socialisme, à assurer l'existence des conditions matérielles qui rendent le socialisme réalisable. Mais seul un mouvement de masse dirigé par des socialistes révolutionnaires, peut assurer que le changement du capitalisme au socialisme se réalisera. Ceci ne peut se faire sans organisation, sans programme, sans stratégie — tous ayant leur fonction de détruire la vieille société et d'en bâtir une nouvelle, et c'est le but que s'est fixé la Ligue des Jeunes Socialistes (Young Socialists).

Une Stratégie d'Action de Masse

Un changement social fondamental — le socialisme — exige une révolution, un bouleversement de toute la structure sociale, mené à bien par l'action consciente de la majorité des Canadiens. Que ce soit au moyen d'une quelconque forme de "coup" ou au moyen de réformes, aucune minorité, aucune élite, ne peut accomplir ce changement.

La participation de la LJS/YS dans la construction et la direction de mouvements de masses, se base sur la reconnaissance de ce fait. Le système est construit de telle sorte qu'il maintient les gens divisés et isolés, qu'il les maintient dans le carcan des canaux et des voies déjà établis. L'action de masse menée indépendamment et directement défiant la classe dirigeante, présente au capitalisme un défi qu'il ne peut coopter. La puissance des opprimés — travailleurs, femmes, étudiants, Québécois, peuples indigènes — réside dans leur absence d'intérêts dans le maintien du système actuel, dans leur nombre et dans leur capacité d'agir collectivement pour défendre leurs intérêts par leurs propres expériences.

Nous reconnaissons en même temps qu'un mouvement: socialiste de masse ne pourra s'établir que dans la mesure où les gens reconnaîtront sa nécessité. Par leur participation à des actions de masse dirigées contre le système, ils viendront à comprendre la nature de ce système et la nécessité de le transformer. Le grand nombre d'étudiants qui sont arrivés à des conclusions socialistes par leur participation au mouvement anti-guerre et au mouvement de libération des femmes illustre ceci de façon concrète.

Ce qui éprouve la valeur d'un mouvement révolutionnaire et de son programme, c'est sa participation dans les mouvements de masse — son habileté à leur offrir l'orientation juste et au moyen de ce processus de gagner les gens au socialisme. Au cours des dernières années nous avons vu dépérir et disparaître nombre d'organisations qui rejetaient l'action de masse; aujourd'hui encore il subsiste un certain nombre de groupes, y compris des groupuscules maoïstes, des débris de la nouvelle gauche et le parti communiste qui s'opposent constamment à une stratégie d'action de masse. Ils choisissent plutôt soit de lutter pour des miettes de réformes, soit de rechercher des raccourcis pour aboutir à la révolution. Pour sa part, la LJS/YS s'est établie aux toutes premières lignes de combat des plus importantes luttes de masse se déroulant actuellement au Canada, précisément parce qu'elle est consciente que l'action de masse est essentielle dans la lutte pour le socialisme.

La Libération de la Femme

Dans le mouvement de libération des femmes, notre orientation de construire un mouvement capable d'unir toutes les femmes, quelles que soient leur opinions sur d'autres questions, est absolument nécessaire si ce mouvement veut réaliser pleinement son potentiel révolutionnaire. L'énorme succès de la caravane pour les avortements ne nous a donné qu'un simple aperçu du potentiel d'un mouvement établi sur cette base. Récemment, nous avons vu une poussée de certaines ultra-gauchistes visant a dévier le mouvement des actions de masse vers la création d'une organisation de femmes composées uniquement de révolutionnaires avouées. Non seulement cette perspective isole-t-elle le mouvement, le rendant ainsi impuissant, mais en plus elle empêche des femmes de devenir révolutionnaire par leur participation dans la lutte contre leur oppression. Les actions du 14 février pour l'abrogation des lois sur l'avortement se contreposent à la stratégie des ultra-gauchistes et joueront un rôle crucial dans l'éducation et dans l'extension d'une perspective d'action de masse au sein du mouvement.

Le Mouvement Anti-guerre

Le rôle joué par la LJS/YS dans la construction du mouvement anti-guerre est bien connu. Les slogans que nous avons depuis longtemps mis de l'avant — "retrait immédiat des troupes U.S.", "Fin à la complicité canadienne", se sont définitivement démontrés les seuls slogans capables de construire un mouvement de masse tout en s'opposant à l'impérialisme américain et à ses partisans canadiens. Par ces revendications transitoires — revendications qui peuvent toucher le niveau de conscience politique capitaliste — nous sommes devenus les dirigeants du mouvement anti-guerre dans tous les coins du pays.

Notre rôle dans l'appui à la révolution vietnamienne contraste avec l'attitude des ultra-gauchistes qui ont constamment oscillé entre ignorer complètement ce mouvement et tenter de l'amener à des confrontations violentes avec les flics; il contraste également avec celui des réformistes comme le parti communiste qui a tenté de transformer ce mouvement en groupe de pression de gauche sur la classe dirigeante. Ce n'est qu'au moyen de l'action de masse indépendante que les dirigeants du Canada et des Etats-Unis peuvent être obligés à cesser leur agression au Vietnam — une victoire pour les vietnamiens seraient une victoire pour tous ceux qui veulent construire un monde meilleur.

L'américanisation

La stratégie de l'action de masse est d'une importance particulière dans la lutte contre l'accroissement de la domination américaine sur les écoles. Ce sentiment anti-impérialiste est l'un des principaux résultats de la crise mondiale de l'impérialisme et un facteur important dans la radicalisation des étudiants canadiens.

L'impérialisme U.S. domine tout le monde capitaliste. Toute classe capitaliste nationale doit parvenir à une entente avec ces gendarmes internationaux. Très peu d'entre elles ont pu développer des relations aussi douillettes que celles qui existent entre les dirigeants canadiens et américains. Les E.U. envahissent un pays; le Canada explique qu'il s'agit d'une action destinée à maintenir la paix. Trudeau impose les mesures de guerre; Nixon lui lâche un coup de fil pour savoir s'il n'aurait pas besoin d'aide. Le capitalisme a totalement adopté les valeurs, les concepts et les objectifs de l'impérialisme américain. Il en résulte que toutes les institutions capitalistes de ce pays, et plus particulièrement les institutions d'éducation sont au service de l'impérialisme américain par arrangement spécial avec la classe capitaliste canadienne.

Pour répondre à ce problème, le caucus "Waffle" au sein du Nouveau Parti Démocratique ainsi que d'autres éléments ont proposés un quota qui restreindrait le nombre de professeurs américains qui auraient la permission d'enseigner au Canada. Mais cette proposition ne remet pas efficacement en question les racines du problème de l'américanisation. La lutte contre l'américanisation des universités c'est la lutte contre le contrôle capitaliste des universités.

La seule réponse efficace à l'américanisation réside dans l'action étudiante de masse. Des revendications telles "Fin a la complicité des campus avec l'effort de guerre américain" et "Aucune recherche, aucune ressource stratégique pour la machine de guerre U.S.", affrontent le problème directement et peuvent amener des mobilisations de masse contre l'américanisation, tout en affrontant la classe capitaliste et ses universités au Canada même.

Les universités doivent être arrachés du contrôle d'une minorité affamée de profit et mises au service de la lutte révolutionnaire. Le programme de la LJS/YS met de l'avant des revendications qui appellent à l'expulsion des représentants du grand capital au sein des conseils d'administration et au contrôle de l'université (y compris sur le contenu des cours, sur les engagements et les congédiements) par les étudiants, professeurs et autres membres du personnel.

Nous ne voulons pas de cours qui soient abstraitement "Canadiens" — nous voulons entendre la véritable histoire de la classe ouvrière canadienne, des peuples indigènes, du mouvement suffragiste: l'histoire que le capitalisme cache. Nous voulons une université ouverte à tous et des allocations pour tous les étudiants. C'est par l'action de masse suscitée autour de telles revendications que l'université peut être transformée en centre organisateur pour la lutte contre l'impérialisme U.S. et son partenaire junior canadien.

Réponse à la Loi des Mesures de Guerre

Les mouvements de masse existant actuellement ne sont qu'un début. Nous pouvons nous attendre, pour la prochaine période, à la naissance de mobilisations de masse autour de questions diverses -- problèmes étudiants locaux, problèmes sociaux domestiques tels la pollution et plus particulièrement, autour de la défense des libertés civiles et de la démocratie. Notre réponse aux lois des mesures de guerre offre un modèle exemplaire de la façon dont la LJS/YS agit en vue de la construction de mouvements de masse.

Bien que Trudeau aie réussi temporairement à démobiliser le mouvement indépendantiste Québécois en emprisonnant 400 de ses dirigeants, la LJS a immédiatement réagi en défiant la répression de Trudeau. En plein milieu de la répression, malgré l'arrestation de deux des gens clés de notre campagne électorale, nous avons intensifié la campagne LSO-LJS pour la mairie en la transformant en campagne anti-répression.

Nous avons établi des lignes de piquetage devant des casernes, distribué illégalement des tracts électoraux, organisé des meetings de protestation en plein milieu de la répression. Un numéro spécial de Jeune Garde fut publié. Nous avons participé au lancement d'un très large comité de défense. Partout nous avons clairement fait comprendre que seules des actions publiques de masse pouvaient défaire la répression. Pour toute une période, nous avons été le seul groupe à aborder cette attaque de front, mais aujourd'hui des protestations contre les procès des accusés en vertu des mesures de guerre se manifestent sur une large échelle.

En même temps, au Canada anglais les Young Socialists étaient parmi les premiers a contrer le chauvinisme sur lequel Trudeau comptait tant. A peine quelques heures après l'imposition des mesures de guerre nous tenions les premières manifestations sur plusieurs campus. Nous avons lancé des comités pour la défense des libertés civiles; nous avons envoyé des conférenciers dans l'est du Canada et aux états-Unis. Nos co-penseurs aux E.U. ont organisés des manifestations devant les consulats canadiens.

Le maintien de cette activité et le lancement d'une campagne de défense unitaire des Québécois menacés d'emprisonnement pour leurs idées est la première priorité de la LJS/YS a ce moment. Défendre ces accusés c'est défendre la liberté de parole dans ce pays — une liberté qui n'existe pas à cause d'une quelconque attitude bénévole de la bourgeoisie mais une liberté qui a été gagnée par les luttes des travailleurs canadiens.

L'action Politique de Classe Ouvrière

La victoire de la stratégie d'action de masse pour le socialisme dépend de deux facteurs étroitement liés : l'entrée de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme et la création d'un leadership révolutionnaire de la classe ouvrière.

Ceux qui rejettent la classe ouvrière en tant que force révolutionnaire potentielle rejettent le socialisme en tant que perspective réaliste. Le développement d'un mouvement étudiant révolutionnaire de masse jouera un grand rôle dans le processus de transformation du système. Mais seule la classe ouvrière, qui comprend la vaste majorité de la population jouit de la position économique et sociale stratégique nécessaire pour faire disparaître le capitalisme et pour organiser démocratiquement la société dans l'intérêt de la vaste majorité des canadiens.

Il est conséquemment crucialement (décisivement -ed.) nécessaire pour les étudiants révolutionnaires de s'allier aux secteurs politiquement les plus avancés de la classe ouvrière et d'appuyer l'action politique indépendante des travailleurs. Au Canada anglais ceci signifie premièrement appuyer le Nouveau Parti Démocratique en tant que parti politique du mouvement ouvrier organisé.

Mais tout en appuyant le NPD en tant qu'expression d'une rupture avec les partis politiques du grand capital, nous devons reconnaître que ni le leadership du NPD, soucieux de l'"image" qu'il projette, ni le programme du NPD, qui vise à réformer le capitalisme, n'amèneront le socialisme au Canada. C'est pourquoi nous combattons pour un programme socialiste au sein du NPD et que nous sommes conscients de la nécessité de construire un parti révolutionnaire. Un tel parti doit posséder un programme et une organisation apte à affronter la bourgeoisie partout où c'est nécessaire. Il doit plonger des racines dans la classe ouvrière. Au Canada, la League for Socialist Action/Ligue Socialiste Ouvrière avec son programme et son organisation possède une telle perspective.

Comme le déclare la constitution de la LJS/YS, nous sommes politiquement pleinement solidaires de la LSO/LSA. Nous faisons partie d'un mouvement commun ayant pour but de construire le parti révolutionnaire. Dans plusieurs régions la LJS/YS a joué un rôle clé dans 1'établissement de branches de la LSO/LSA. Inversement, l'expérience et l'appui de la LSO-LSA ont été essentiels a la construction de la LJS/YS.

Une Stratégie Internationale

La jeunesse commence à affronter le capitalisme à l'échelle internationale. Le développement d'une stratégie internationale destinée à rencontrer et à défaire l'impérialisme sur tous les fronts, constitue une base essentielle pour la construction d'un mouvement révolutionnaire. La lutte des vietnamiens, la lutte des palestiniens, la lutte des québécois, la lutte de la jeunesse canadienne-anglaise — toutes font parties d'une poussée anti-impérialiste et anti-capitaliste généralisée. Notre perspective internationale ne relève pas du sentimentalisme: elle se fonde sur la reconnaissance du fait que seule une stratégie internationale concrète peut établir le socialisme. .

C'est pour cette raison que nous bâtissons par exemple le mouvement contre l'impérialisme au Vietnam. C'est pour la même raison que nous sommes une organisation sympathisante de la Quatrième Internationale, parti mondial de la révolution socialiste, fondée par Léon Trotsky en 1938. Notre organisation et toutes nos activités visent un seul but -- un Canada socialiste et un Québec socialiste dans un monde socialiste.

Dans les dix dernières années depuis sa fondation la LJS/YS s'est transformée d'une poignée de militants en une organisation implantée dans tout le Canada. Depuis notre dernier congrès, plus particulièrement, nous avons connu une croissance importante qui reflète l'impact de la nouvelle radicalisation. .

A Fredericton, le leadership des "New Brunswick Socialists", et à Saskatoon, le leadership du "Committee for a Socialist Movement", se sont joints à la LJS/YS. Ce processus — ces décisions par des groupes déjà existants qui considèrent nécessaires de se joindre a la LJS/YS — n'est qu'une petite indication de la radicalisation croissante. Et c'est vers cette radicalisation que la LJS/YS est orientée.

Nombre d'expériences indiquent quel est le potentiel existant. A Montréal la campagne Léger a marqué une percée pour notre mouvement, établissant de nouveaux contacts et nous ouvrant de nouvelles opportunités sur une très large échelle. La campagne symbolisait l'opposition des Québécois aux lois des mesures de guerre et le vote reçu reflétait cette situation. Sur la côte sud du Nouveau Brunswick un groupe de jeunes travailleurs et d'étudiants du secondaire se sont joints à la LJS/YS à la suite de leurs expériences dans une ville possédée par une compagnie. .

La tournée de Penny Simpson, membre dirigeante de la LJS et victime de la répression sous les mesures de guerre est un des indices le plus spectaculaire des possibilités qui s'offrent à nous. Sa tournée s'est avérée la tournée la mieux réussie que nous avons jamais organisée au Canada. Des réunions de plusieurs centaines d'étudiants constituaient la norme. A St. John's à Terre-Neuve, 1,500 étudiants — 25% de la totalité des étudiants de l'endroit — ont assistés à une réunion. Partout, nous sommes entrés en contact avec de nouveaux radicaux intéressés à se renseigner et a se joindre à la LJS/YS. Souvent, dans des villes où ùaucune organisation radicale ne s'était jamais manifesté auparavant. A Peterborough, en Ontario, par exemple, la tournée a occasionné le lancement d'un important local YS sur le campus de l'université Trent…

Les Tâches de la LJS/YS

La nouvelle radicalisation donne à notre mouvement des possibilités de croissance sur une échelle telle qu'il n'en a jamais précédemment connu. Réaliser ces possibilités est la tâche la plus important de la LJS/YS dans cette période…

Ce n'est pas une tâche qui peut être retardée ou remise. De toutes les organisations radicales, nous sommes celle qui est dans la meilleure position pour organiser ces nouveaux radicaux. Nous possédons le programme qui peut satisfaire leurs besoins et nous avons l'organisation la plus grosse et la plus active au pays. Mais aucune organisation révolutionnaire ne peut se reposer sur ses lauriers. A moins que nous ne procédions maintenant à offrir à ces nouveaux radicaux le programme et l'organisation du socialisme révolutionnaire, la radicalisation pourrait être divisé ou dissipée par la bourgeoisie ou par d'autres courants de gauche.

L'organisation Régional

Il n'y a pas une seule ville au pays ou un local de la LJS/YS ne peut être établi. Concrètement, cela signifie se doter d'organisateurs itinérants permanents dans les régions où c'est possible et plus généralement, se préparer à intervenir très rapidement dans de nouvelles régions.

L'organisation régionale implique plus qu'un simple recrutement; elle s'implique aussi l'éducation et la consolidation de nouveaux locaux. Le rôle du leadership pan-canadien dans le développement d'une compréhension commune de notre programme et de notre organisation est particulièrement important. Il le deviendra davantage dans la prochaine période.

Dans une période de croissance, une attention particulière doit être portée à l'éducation. Les idées du Marxisme, telles que développées pendant ce dernier siècle sont les seuls guides fiables pour l'action révolutionnaire. Seule une activité éducative systématique (menée au moyen de lectures, de cours de formation, de cours internes, etc.) peut assurer que le mouvement sera équipé pour relever les plus grands défis qui nous feront face dans l'avenir. Nous visons à ce que chaque membre de la LJS/YS soit familier avec notre programme et capables de l'appliquer dans diverses situations.

Le plus grand potentiel pour le développement du socialisme révolutionnaire existe au Québec, plus particulièrement, par 1'intermédiaire des écoles secondaires et des CEGEPS. Jeune Garde maintenant un "tabloid" bimestriel jouera un rôle clé dans ce processus.

Montréal, appuyé et aidé par tout le mouvement pan-canadien doit devenir le centre d'organisation pour toute la nation québécoise.

Dans les régions où nous sommes déjà établis, nous devons déployer nos efforts à rejoindre et à organiser la jeunesse radicalisée. Le nombre de ventes du Young Socialist, d'activités sociales, d'activités éducatives, doit augmenter. Notre implication dans les mouvements de masse, en particulier, la défense de libertés civiles au Québec, le mouvement anti-guerre, le mouvement de libération des femmes et le mouvement contre l'américanisation de l'éducation, doit continuer à être centrale a nos activités. Notre mouvement doit refléter l'esprit créateur et dynamique de la nouvelle radicalisation: furieux, irrévèrencieuse, et par dessus tout, révolutionnaire.

Nous ne construisons pas la LJS/YS simplement pour accroître le nombre des membres dans nos rangs. Nous tentons de construire un mouvement de dirigeants, capables de diriger le mouvement étudiant dans les luttes pour le socialisme dans ce pays. Notre structure organisationnelle centraliste-démocratique, impliquent une démocratie interne complète combinée à une unité d'action complète, joue un rôle vital dans ce processus.

La croissance numérique et l'extension de l'influence de la LJS/YS depuis la dernière année, n'est qu'une indication des possibilités que nous sont offertes. Notre tâche est de réaliser ce potentiel.

(fin)